La nature connait aussi la fatigue.
Elle a ses saisons trop longues, ses terres qui se craquellent, ses herbes qui ploient, ses arbres qui perdent leurs feuilles bien avant l'heure. Elle ralentit, elle se dépouille. Elle parait parfois moins écarlate. Et pourtant, devant elle, nous savons encore nous émerveiller.
Nous savons ce que la nature traverse, qu'elle économise ses forces, qu'elle se repose avant de recommencer.
Personne ne demande à un arbre épuisé de fleurir pour rassurer ceux qui le regardent. Bien au contraire, nous lui porterons le secours dont il a besoin. Personne ne juge le ciel parce qu'il porte des nuages.
Étrangement, nous sommes souvent moins tendres avec les êtres humains.
Un visage fatigué devient une question. Un corps qui change un commentaire. Une absence, une interprétation. Un silence, presque une faute. Comme si l'être humain devait rester beau toute l'année, produire ses fleurs en toute saison et sourire même lorsque, quelque part en lui, l'hiver s'est installé.
Pourtant, la santé ressemble beaucoup à nos paysages : elle n'est pas une ligne droite. Elle connaît des éclaircies, des passages couverts, des terres fertiles et d'autres qu'il faut simplement laisser tranquilles quelque temps.
C'est peut-être là que la nature nous donne sa plus belle leçon, ce qui semble fatigué n'est pas forcément en train de mourir. Parfois, c'est simplement du vivant qui prend le temps de se réparer.
Alors, regardons-nous comme nous regardons un paysage : sans exiger que tout soit parfait pour le trouver beau. Et avant de juger quelqu'un sur la saison qu'il traverse, souvenons-nous que nous n'avons jamais vu ce qu'il lui a fallu traverser pour qu'il arrive jusqu'ici.
Nous passons tellement de temps à vouloir dissimuler ce qui a été abîmé en nous. Une fleur, elle, ne s'excuse jamais d'avoir traversé l'été. Elle porte ses brûlures, ses trous, ses couleurs passées et continue malgré tout à offrir son cœur de lumière.
Peut-être que vivre, finalement, ce n'est pas rester intact.
C'est réussir à fleurir différemment.


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